Dès 5H15 nous étions à l’œuvre pour effectuer les derniers préparatifs avant notre départ. En plus de finaliser les bagages, nous nous sommes partagés plusieurs tâches ménagères. Entre autres nous avons lavé les draps de notre lit et de celui du bébé, fait la vaisselle suite au déjeuner, fait le ménage du frigo et du garde-manger, jeté les denrées périssables et terminé le ramassage. Il faut avouer que c’était particulier de jeter nos réserves de nourriture alors que nous n’avions toujours pas de confirmation que les papiers d’Emma étaient arrivés!!!
De plus nous avons rangé dans quelques boîtes les articles qui seront sûrement utiles aux futures familles adoptantes. À notre retour nous mettrons à jour la liste de ces articles, initialement préparée par les parents adoptants qui nous ont précédés. Elvira viendra récupérer les boîtes et les entreposera en attendant qu’une nouvelle famille ait la chance d’adopter un enfant à Uralsk. De même Elvira s’occupera de ramasser les draps qui sont présentement au séchage sur les chaises de la cuisine, et elle les ajoutera dans les boîtes réservées à nos successeurs.
Tant qu’à elle, Bébé-Emma s’est réveillée peu après 7H00, et durant que Maman Hélène s’occupait de Mademoiselle, papa Éric terminait les bagages. Par la suite, c’est Maman Hélène qui a eu la tâche ingrate d’aller jeter les vidanges pour une dernière fois. Je conviens que c’est moi qui aurais dû m’acquitter de cette tâche, mais… ce matin c’était boueux à cause des averses abondantes de la veille en soirée, et étant donné que je n’avais pas ramené mes bottes à Uralsk, Hélène s’est alors proposée comme volontaire.
Tel que convenu Elvira est arrivée vers 8H00, et elle nous a confirmé qu’elle avait bien reçu les papiers tant attendus. Quelle bonne nouvelle! Finalement vers 8H15, le temps de quitter cet endroit, où nous avons vécu des moments qui resteront gravés à jamais dans notre esprit, était enfin arrivé. Malgré les souvenirs que nous laissons derrière nous, c’est tout même avec enthousiasme que nous avons fait nos adieux à l’appartement.
Sur la route nous menant à l’aéroport Elvira nous a fait remarquer un obélisque indiquant la frontière entre l’Europe et l’Asie. Ainsi Uralsk est mi-européenne et mi-asiatique.
À l’aéroport d’Uralsk nos bagages, incluant la poussette, ont fait osciller l’aiguille de la balance à 60Kg pile. Ayant droit à 30Kg chacun, nous avions donc pris une bonne décision de limiter nos achats de vodka kazakh! Par la suite avant de franchir le contrôle des passeports, nous avons salué et remercié Elvira pour une dernière fois. Celle-ci nous a demandé de lui faire parvenir des photos d’Emma, et nous a mentionné qu’il était possible qu’elle vienne nous rendre visite au Canada éventuellement. Une fois rendus sur le tarmac, avant de grimper à bord d’un Airbus 319 d’Air Astana, Hélène a voulu immortaliser le départ d’Emma de sa ville natale. Toutefois un garde de sécurité qui surveillait l’embarquement ne l’entendait pas ainsi, et nous a interdit de prendre des photos, c’est du moins ce que l’on croit avoir compris…
Mademoiselle Emma s’est comportée de façon exemplaire autant à l’aéroport qu’au décollage. Et bien oui contrairement à ce que j’anticipais, Emma n’a pas réagi aux vibrations intenses de l’appareil au moment de s’élancer sur cette piste aussi douce qu’une planche à laver! Il faut dire qu’Emma a siphonné avec beaucoup d’intensité un bon jus de pomme durant le décollage. Durant notre ascension Bébé Emma s’est endormi dans mes bras avec son biberon vide entre les mains. Nous étions très fiers du comportement de notre fille, et les agents de bord semblaient en admiration devant notre petit ange kazakh. Lorsque nous avons tenté de déposer Bébé-Emma dans la bassinette que l’agent de bord avait installé à nos pieds, Mademoiselle s’y est opposée vigoureusement. Elle se sentait probablement coincée dans ce petit lit qui ne ressemblait en rien à sa couchette, ce qui a fait disparaître instantanément son petit côté angélique! Emma était tout simplement inconsolable. Je me suis empressé d’avaler mon dîner pour prendre la relève d’Hélène. Mais Emma ne l’entendait pas ainsi… et elle a réussi à priver sa maman de ce repas attendu depuis si longtemps. Je lui ai préparé une bouteille de lait pour la calmer, mais rien à faire… Mademoiselle était trop fatiguée et fâchée pour prendre son biberon. Tout cela n’inspirait rien de bon pour les prochains vols… Après plus d’une heure et demie de pleurs, Maman Hélène a finalement réussi à endormir Emma dans ses bras. Emma a ainsi dormi blottie dans les bras de sa maman pour le reste du vol, dans un sommeil fragile qui a été ponctué de nombreux sanglots.
Une fois arrivés à Almaty, Hélène a fait une analyse particulièrement logique de cette situation. En effet pour ne pas trop déstabiliser Emma depuis sa sortie de l’orphelinat, nous n’avions pas modifié sa routine des dodos. Ainsi à chaque sieste Emma était déposée dans sa couchette et elle s’endormait couchée sur le côté en prenant sa doudou près de son visage. Donc jusqu’à ce jour, Emma ne s’était jamais habituée à s’endormir dans les bras d’Hélène, et en plus la fatigue d’Emma était amplifiée puisque qu’elle n’avait pas fait sa sieste matinale.
Vers 14H00 nous avons retrouvé Sveta à l’aéroport d’Almaty, et en attendant notre prochain vol nous nous sommes dirigés vers le même appartement où j’avais logé 2½ semaines plus tôt. Sur la route les étranges traverses pour piétons ont de nouveau capté notre attention. En effet, tout comme à Uralsk, les piétons ont priorité pour traverser la route aux endroits balisés par deux petits triangles bleus de chaque côté de la route. C’est assez spécial de voir des piétons traverser les rues sans qu’il y ait de lumières, avertisseurs ou autres signaux, et de voir les automobiles s’immobiliser, et souvent assez brusquement, pour les laisser passer. C’était encore plus particulier de voir ce type de traverse à Almaty sur un boulevard à 6 voies où les véhicules circulaient probablement à près de 70Km/heure.
Emma a tôt fait de nous ramener à la réalité en nous manifestant son impatience, car n’ayant pas pris son biberon en vol, elle était assurément affamée. Ainsi nous nous sommes rendus directement à l’appartement pour que Bébé puisse prendre son biberon. Durant ce temps je me suis rendu à l’épicerie avec Sveta, pour acheter quelques provisions pour notre court séjour.
La température étant magnifique, et l’appartement étant déprimant, nous avons décidé vers 16H00 qu’Emma dormirait dans sa poussette plutôt que dans la couchette installée dans l’appartement. Ainsi nous avons marché au centre-ville et ce principalement sur une grande allée piétonnière entourée de boutiques et de restaurants. Il y avait beaucoup de monde en ville puisque le 9 mai est le jour de la commémoration de la victoire survenue en 1945 lors de la seconde guerre mondiale. Nous avons également fait une tournée rapide d’un centre d’achat nommé «silk road» faisant ainsi allusion à la route historique de la soie entre l’Europe et l’Asie. Nous avons apprécié ces moments à l’extérieur, et Hélène était très excitée de se retrouver dans cet environnement plus contemporain, comme si nous avions fait un bond en avant de quelques décennies en quittant Uralsk.
De 19H30 à 22H30, Papa et Emma ont fait une sieste, alors que Maman en a profité pour relaxer, et prendre une bonne douche. Malheureusement pour la coiffure de Maman, son séchoir a rendu l’âme à quelques heures de la fin de notre périple. Notre fin de soirée a été fort occupée : Laver, nourrir et habiller Bébé, prendre un lunch, faire la vaisselle, petit ménage de l’appartement, se doucher, refermer et réorganiser les valises, etc… Finalement Hélène a préparé suffisamment de biberons pour toute la durée du grand voyage qui allait commencer dans les prochaines minutes.
HPEC & Emma Victoria